Trois écoles dans la même semaine, quatre élèves à besoins très différents, et un virement qui frôle les 900 euros. Si vous êtes AESH, vous connaissez cette équation impossible. La grève n’est pas un réflexe, c’est l’ultime levier pour faire respecter un métier clé de l’école inclusive. Voici les 4 revendications qui, si elles sont enfin entendues, peuvent mettre fin à la précarité et stabiliser l’accompagnement des élèves en situation de handicap.
Pourquoi la mobilisation des AESH s’enracine dans le quotidien
Le cœur du problème est structurel : des contrats à temps incomplet imposés, une quotité horaire éclatée sur l’intégralité du temps scolaire, des salaires sous le seuil de pauvreté et une affectation qui change au gré des besoins administratifs. On exige une présence totale pour un revenu partiel. Résultat : épuisement, départs, discontinuités pédagogiques pour les élèves les plus fragiles.
Nous l’avons mesuré sur le terrain : quand un accompagnant doit se partager entre plusieurs établissements via la mutualisation forcée, l’alliance éducative se délite. L’enfant perd ses repères, les équipes enseignantes perdent un partenaire, et l’AESH perd le sens de son métier.
Quatre pivots peuvent sortir le système de l’ornière : un statut de fonctionnaire (en catégorie B), un salaire aligné sur un temps plein reconnu, la fin de la mutualisation PIAL/PAS, et des droits sociaux équitables (prime, formation, carrière).
Revendication n°1 : un vrai statut de fonctionnaire en catégorie B
Aujourd’hui, les AESH sont des agents contractuels. Ce cadre entretient l’incertitude et écrase les perspectives. Passer à un statut de fonctionnaire de catégorie B, c’est acter qu’il s’agit d’un métier à haute intensité relationnelle et technique, pas d’un appoint budgétaire. Concrètement, cela signifie une revalorisation indiciaire immédiate, des grilles de carrière lisibles, une mobilité choisie plutôt que subie, et une protection renforcée face aux aléas d’affectation.
Pourquoi c’est décisif pour les élèves ? Parce qu’un statut stabilise les équipes, réduit le turn-over et permet de capitaliser l’expertise précieuse acquise au fil des années auprès d’enfants aux besoins complexes.
Revendication n°2 : un salaire décent et 24h enfin reconnues comme temps plein
La plupart des AESH vivent avec 850 à 950 euros nets pour une présence hebdomadaire qui déborde le seul accompagnement (préparation, concertation, réunions). La demande est claire : aligner la rémunération sur un SMIC complet à minima et reconnaître 24 heures d’accompagnement comme un équivalent temps plein, au lieu d’un 60 ou 70 % qui ne reflète ni le travail réel ni les contraintes horaires.
Pour des repères actualisés et la lecture de la grille, voir notre analyse détaillée du salaire des AESH (grille, primes et calcul du net). Mettre fin à l’effet ciseau “présence totale / paye partielle”, c’est redonner une base de vie digne et, surtout, rendre le métier tenable plus de quelques années.
Revendication n°3 : stopper la mutualisation PIAL/PAS qui fragilise l’accompagnement
Les PIAL et PAS ont été présentés comme une optimisation. Sur le terrain, ils se traduisent par une dispersion préjudiciable : un même AESH peut suivre plusieurs élèves, sur plusieurs sites, la même semaine. La relation éducative, qui repose sur la continuité et la confiance, ne résiste pas à ce “tetris” permanent.
La demande est pragmatique : une affectation stable par élève ou par besoin clairement identifié, avec une organisation qui privilégie la qualité du lien plutôt que la simple couverture statistique des notifications. C’est aussi un impératif de santé au travail pour des professionnels exposés à une forte charge émotionnelle.
Revendication n°4 : aligner les droits – primes, formation, progression de carrière
Le différentiel de traitement sur les primes REP et REP+ demeure source d’injustice. À missions comparables dans des contextes exigeants, la rémunération doit suivre sans proratisation défavorable. Même logique pour la formation continue : sans temps dédiés, sans montée en compétences reconnue (autisme, troubles DYS, communication alternative, gestion de crise), on condamne les AESH à l’improvisation alors qu’ils portent des gestes professionnels fins.
Enfin, une perspective d’évolution (tutorat d’AESH débutants, spécialisation, accès à des concours internes) ancre le métier dans la durée. Là encore, c’est l’élève qui en est le premier bénéficiaire.
Faire grève en tant qu’AESH : un mode d’emploi simple et sécurisé
Contrairement aux enseignants du premier degré, les AESH ne sont pas soumis à une déclaration préalable 48 heures avant la grève. Vous êtes couverts par les préavis déposés par les organisations représentatives. Le jour J, vous n’avez aucune démarche à anticiper ; l’absence est constatée sur place.
Après coup, l’administration vous adresse un formulaire de service non fait. Le signer enclenche la retenue d’un trentième sur l’ensemble de la rémunération brute (traitement et indemnités). Pour un net d’environ 900 euros, cela représente en pratique 30 à 35 euros par jour. C’est lourd pour des budgets déjà contraints : les caisses de grève locales jouent ici un rôle d’amortisseur.
Pour sécuriser vos démarches et connaître les règles essentielles, consultez notre repère synthétique sur les règles de grève dans l’Éducation nationale (préavis, retenues, droits et obligations).
| Indicateur | Situation actuelle | Objectif porté par la grève |
|---|---|---|
| Rémunération mensuelle | 850–950 € nets (temps incomplet imposé) | Alignement a minima sur un SMIC complet |
| Temps de travail | 24 h d’accompagnement, présence éclatée | 24 h reconnues comme un temps plein “réel” |
| Statut | Contractuel de droit public | Fonctionnaire en catégorie B, carrière lisible |
| Organisation | PIAL/PAS et mutualisation | Affectation claire par élève/besoin prioritaire |
Parents et enseignants : une alliance qui change tout pour l’inclusion
Quand un AESH quitte le métier faute de revenus suffisants, l’élève perd bien plus qu’un appui technique : il perd une relation sécurisante. C’est la raison pour laquelle de nombreux parents d’élèves en situation de handicap défilent aux côtés des accompagnants. Ils savent que la stabilité relationnelle conditionne la progression des apprentissages, la gestion des transitions et la confiance en classe.
Les équipes pédagogiques le constatent également : sans AESH, l’“inclusion” devient un mot creux. La grève rappelle un principe simple et exigeant : on ne fait pas de politique d’inclusion à coût constant. On la construit en investissant dans l’humain et en respectant le travail invisible qui maintient les élèves dans les apprentissages.
Ce que change concrètement chaque revendication pour l’élève
Un statut consolidé réduit la rotation des personnels : l’enfant ne recommence pas chaque trimestre une nouvelle relation de confiance. Une rémunération décente permet de garder les professionnels expérimentés, ceux qui ont des repères efficaces pour désamorcer une crise ou adapter une tâche en quelques secondes.
La fin de la dispersion via PIAL/PAS concentre l’énergie sur l’essentiel : observer, ajuster, coopérer avec l’enseignant et les familles. L’alignement des droits (primes, formation, progression) crée un cercle vertueux où la compétence acquise est reconnue, donc durable.
Passer à l’action : 5 leviers immédiats pour peser
Une mobilisation gagne en efficacité quand elle s’organise sur plusieurs axes. Voici des gestes concrets, réalisables dès cette semaine, pour rendre visibles les revendications et tenir dans la durée.
- Se rapprocher d’une intersyndicale locale pour planifier les dates, mutualiser l’information et accéder aux caisses de grève.
- Documenter son temps réel (réunions, préparation, trajets) afin d’objectiver la demande de reconnaissance des 24 h comme temps plein.
- Coécrire avec les équipes des courriers aux élus (mairie, département, députés) centrés sur l’impact élève et la nécessité d’un statut de fonctionnaire.
- Informer les familles avec des tracts factuels (périmètre des missions, effets de la mutualisation forcée, pertes de salaire à la journée).
- Proposer des temps d’échange au sein des établissements pour partager les besoins de formation continue et coconstruire des priorités.
La bataille n’est pas symbolique : elle conditionne l’accès effectif aux apprentissages pour des milliers d’enfants. Reconnaitre la valeur du métier d’AESH, c’est éviter des ruptures de scolarité, des exclusions déguisées et des orientations par défaut.
Investir dans les AESH, c’est sécuriser l’inclusion. Le coût de l’inaction — décrochage, absentéisme, burn-out — est, lui, déjà exorbitant.